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Espagne et Palestine : de Franco à Sánchez, une solidarité unique

L'Espagne est le pays européen le plus engagé pour la Palestine depuis octobre 2023. Pedro Sánchez a reconnu officiellement l'État de Palestine le 28 mai 2024, devenant la première grande nation de l'Union européenne à franchir ce pas — avant la France, avant le Royaume-Uni. En septembre 2025, il a imposé un embargo total sur les armes vers Israël, interdit aux navires transportant du carburant militaire israélien d'entrer dans les ports espagnols, fermé l'espace aérien espagnol aux avions militaires israéliens, et engagé 150 millions d'euros d'aide humanitaire supplémentaire à Gaza pour 2026. Près de 80 % des Espagnols soutiennent la cause palestinienne — le taux le plus élevé d'Europe. Mais pour comprendre pourquoi l'Espagne est si proche de la Palestine, il faut remonter à 1492 — et à Franco.

Pour l'histoire complète des pays qui reconnaissent la Palestine, consultez notre article sur quels pays soutiennent la Palestine. Et pour comprendre la question de la reconnaissance diplomatique, lisez notre dossier sur la reconnaissance de l'État palestinien.


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Pourquoi l'Espagne et Israël entretiennent-ils des relations historiquement complexes ?

L'histoire des relations hispano-israéliennes commence mal — et ne s'est jamais tout à fait remise de ce départ. En 1492, les Rois Catholiques Isabelle et Ferdinand signent le Décret de l'Alhambra, expulsant quelque 200 000 Juifs séfarades d'Espagne. Cet événement fondateur laisse une empreinte durable dans la mémoire collective des deux peuples. Les Juifs séfarades expulsés s'installeront dans tout le bassin méditerranéen — en Turquie, en Grèce, aux Pays-Bas, au Maroc — certains conservant leur langue ladino, variant du castillan médiéval, jusqu'au XXe siècle.

Quand l'État d'Israël est proclamé en 1948, l'Espagne de Franco refuse de le reconnaître. La raison officielle : l'Espagne ne reconnaîtrait pas Israël avant que les pays arabes ne l'eussent fait. Mais derrière cette position se cache une réalité plus complexe. En 1950, à l'Assemblée générale de l'ONU, quand le monde vote la levée du boycott diplomatique contre l'Espagne franquiste, Israël est l'un des rares pays à s'y opposer — le délégué israélien Abba Eban fustige publiquement l'alliance historique de Madrid avec l'Axe. Cette humiliation laisse une rancœur durable. Franco, qui a besoin des voix arabes pour sortir l'Espagne de son isolement diplomatique, se rapproche du monde arabe et de la cause palestinienne — non par conviction idéologique, mais par calcul géopolitique. Ce positionnement pro-arabe lui permet notamment d'être épargné par l'embargo pétrolier de 1973, lors de la guerre du Kippour.

La transition démocratique espagnole, après la mort de Franco en 1975, ne rompt pas immédiatement avec cette tradition. L'Espagne n'établit des relations diplomatiques avec Israël qu'en 1986 — sous la pression de son adhésion à la Communauté économique européenne, qui l'oblige à normaliser ses relations avec tous les États membres reconnus par ses partenaires. Cette normalisation tardive, arrachée plutôt que choisie, ne crée pas de warmth particulier entre Madrid et Tel-Aviv. En parallèle, la gauche espagnole, qui domine la vie politique du pays depuis la Transition, s'est profondément identifiée à la cause palestinienne — héritière des luttes anti-coloniales et anti-impérialistes des années 1970.


Quelle est la relation entre l'Espagne et la Palestine avant Pedro Sánchez ?

Depuis sa transition démocratique, l'Espagne maintient une position constamment pro-palestinienne dans les enceintes internationales. Elle soutient la solution à deux États, vote systématiquement pour les résolutions de l'ONU favorables aux droits palestiniens, et maintient des relations avec l'Autorité palestinienne depuis la signature des Accords d'Oslo en 1993. L'Espagne est aussi l'un des contributeurs réguliers à l'UNRWA, l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens.

La culture populaire espagnole est profondément solidaire de la Palestine. Les taureaux d'Osborne — ces panneaux publicitaires en forme de taureau noir que l'on trouve au bord des routes espagnoles — ont été repeints aux couleurs du drapeau palestinien dans plusieurs régions depuis octobre 2023. Les célèbres taureaux de Cabanillas de la Sierra, près de Madrid, arborent le vert, blanc, noir et rouge palestinien avec l'inscription "Palestina libre". Ce geste spontané illustre mieux que tout discours l'attachement populaire espagnol à la cause palestinienne. Les mobilisations sportives sont également significatives : lors du Tour d'Espagne 2024, des militants pro-palestiniens ont interrompu à plusieurs reprises des étapes pour déployer des drapeaux palestiniens. Des sportifs espagnols parmi les plus célèbres au monde ont pris position : Pep Guardiola, Lamine Yamal, Pau Gasol. Pour la liste complète, consultez notre Top 20 des sportifs pro-Palestine.


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Comment Pedro Sánchez a-t-il fait de l'Espagne le fer de lance européen de la cause palestinienne ?

Dès octobre 2023, Pedro Sánchez adopte un ton que peu de dirigeants européens osent. Il qualifie les opérations israéliennes à Gaza de "génocide" — term que la plupart de ses homologues évitent soigneusement. En janvier 2024, quand plusieurs pays européens suspendent leurs contributions à l'UNRWA à la suite d'accusations (non prouvées) de liens avec le Hamas, l'Espagne maintient et augmente son soutien : elle verse 3,5 millions d'euros d'urgence à l'agence, puis une contribution supplémentaire de 20 millions d'euros. Cette décision, à contre-courant des partenaires européens, lui vaut les félicitations des organisations humanitaires et la colère du gouvernement Netanyahu.

En avril 2024, lors d'un voyage diplomatique en Jordanie, Sánchez annonce que l'Espagne reconnaîtra la Palestine "durant ce semestre". Le 22 mai 2024, il l'annonce officiellement au Parlement espagnol. "Ce n'est pas seulement une question de justice historique, c'est aussi une nécessité si nous voulons parvenir à la paix", déclare-t-il. Le 28 mai 2024, la reconnaissance est officielle, de façon coordonnée avec l'Irlande et la Norvège. Israël retire immédiatement son ambassadeur à Madrid et interdit au consulat espagnol de fournir des services aux Palestiniens. Netanyahu accuse Sánchez de "se rendre complice des appels au génocide du peuple juif". Madrid maintient sa position.

Le lendemain de la reconnaissance, le 29 mai 2024, Sánchez reçoit à la Moncloa le Premier ministre palestinien Mohammad Mustafa, accompagné des ministres des Affaires étrangères du Qatar, de la Jordanie, de l'Arabie saoudite, de la Turquie et d'un représentant de l'Organisation de la coopération islamique. La photo de cette réunion au palais de la Moncloa fait le tour du monde — l'Espagne s'affiche comme le pont naturel entre l'Europe et le monde arabe dans la diplomatie pro-palestinienne.


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Quelles mesures l'Espagne a-t-elle prises contre Israël en 2025 ?

Le 8 septembre 2025, face à près de 60 000 morts à Gaza, Pedro Sánchez annonce un plan en neuf mesures d'une portée sans précédent dans les relations hispano-israéliennes. La liste est exhaustive :

Embargo total sur les armes. L'Espagne officialise par décret-loi d'urgence un embargo complet sur la vente et le transfert d'armements à Israël — entérinant un veto déjà en vigueur depuis octobre 2023, mais désormais inscrit dans la loi. Interdiction des ports espagnols aux navires transportant du carburant destiné aux soldats israéliens. Fermeture de l'espace aérien espagnol aux avions gouvernementaux transportant des fournitures militaires pour Israël. Interdiction d'entrée en Espagne aux personnes "directement impliquées dans le génocide, les violations des droits humains et les crimes de guerre" à Gaza — une mesure qui pourrait s'appliquer à Netanyahu et à des membres de son gouvernement, déjà sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Embargo sur les importations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Et 150 millions d'euros d'aide humanitaire supplémentaire à Gaza pour 2026, plus 10 millions d'euros de contribution additionnelle à l'UNRWA.

"Ce n'est pas de l'auto-défense, ce n'est même pas une attaque. C'est l'extermination d'un peuple sans défense, c'est enfreindre toutes les lois du droit humanitaire", déclare Sánchez. "L'Espagne ne dispose pas de bombes nucléaires. Nous ne pouvons pas arrêter seuls l'offensive israélienne, mais nous n'aurons de cesse d'essayer." En réponse, Israël rappelle son ambassadeur à Madrid et interdit l'entrée sur son territoire à la vice-Première ministre Yolanda Díaz et à la ministre de la Jeunesse Sira Rego. "Je suis fière qu'un État génocidaire m'interdise d'entrer sur son territoire", répond Díaz.


Quelle est la mobilisation pro-palestinienne en Espagne ?

Le soutien populaire à la Palestine en Espagne est structurel, transpartisan et massif. Selon les sondages régulièrement cités par les médias espagnols et européens, près de 80 % des Espagnols soutiennent la cause palestinienne — un niveau sans équivalent dans les grandes démocraties européennes. Ce soutien se retrouve dans toutes les régions — Catalogne, Pays Basque, Andalousie, Madrid, Valence — et dans toutes les classes sociales.

Les manifestations pro-palestiniennes en Espagne ont été parmi les plus importantes d'Europe depuis octobre 2023. À Madrid, Barcelone, Séville et Valence, des dizaines de milliers de personnes défilent régulièrement. La Flottille mondiale Sumud, qui a quitté Barcelone en août 2025 pour tenter de briser le blocus de Gaza, compte parmi ses membres Susan Sarandon, Mandla Mandela et Greta Thunberg — un choix symbolique fort d'une ville espagnole pour point de départ. Des universités espagnoles ont adopté des résolutions de désinvestissement. Des syndicats ont voté pour refuser de manutentionner des cargaisons à destination d'Israël. La pression de la société civile a sans doute contribué à faire de Sánchez l'un des dirigeants européens les plus engagés.


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Sources

— Euronews, L'Espagne reconnaît officiellement la Palestine, mai 2024.
— Al Jazeera, Spain PM Sanchez imposes arms embargo on Israel, septembre 2025.
— Franceinfo, Pourquoi l'Espagne se pose comme le premier soutien de la cause palestinienne en Europe, mai 2024.
— RTBF, Reconnaissance de la Palestine par l'Espagne : une longue tradition de tension avec Israël, mai 2024.
— Armées.com, Gaza : l'Espagne frappe Israël avec un embargo militaire, septembre 2025.
— CAREP Paris, Reconnaissance de la Palestine entre consensus international et blocages persistants, 2026.


Vos questions fréquentes sur les relations entre l'Espagne et la Palestine

Quand l'Espagne a-t-elle reconnu l'État de Palestine ?

L'Espagne a reconnu officiellement l'État de Palestine le 28 mai 2024, de façon coordonnée avec l'Irlande et la Norvège. Le Premier ministre Pedro Sánchez l'avait annoncé le 22 mai au Parlement espagnol. L'Espagne est ainsi devenue la première grande nation de l'Union européenne à reconnaître la Palestine — avant la France et le Royaume-Uni.

Pourquoi l'Espagne soutient-elle si fortement la Palestine ?

Les raisons sont historiques, culturelles et politiques. L'Espagne de Franco n'a jamais reconnu Israël (jusqu'en 1986) et s'est tournée vers le monde arabe par calcul géopolitique. La gauche espagnole, dominante depuis la Transition démocratique, s'est identifiée à la cause palestinienne. Et près de 80 % des Espagnols soutiennent la Palestine — le taux le plus élevé d'Europe, reflétant une proximité culturelle et politique profonde avec le monde arabe.

L'Espagne vend-elle encore des armes à Israël ?

Non. Le 8 septembre 2025, Pedro Sánchez a annoncé un embargo total sur les exportations d'armes vers Israël, officialisé par décret-loi d'urgence. L'Espagne a également interdit aux navires transportant du carburant militaire israélien d'entrer dans ses ports, et fermé son espace aérien aux avions militaires israéliens.

Quelle est l'aide humanitaire espagnole à la Palestine ?

En septembre 2025, l'Espagne s'est engagée à verser 150 millions d'euros d'aide humanitaire supplémentaire à Gaza pour 2026, plus 10 millions d'euros additionnels à l'UNRWA. En janvier 2024, quand d'autres pays européens suspendaient leurs contributions à l'UNRWA, l'Espagne avait au contraire versé 3,5 millions d'euros d'urgence, puis 20 millions supplémentaires.

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