La pastèque symbolise la Palestine parce que sa chair rouge, son écorce verte, ses pépins noirs et sa peau blanche reproduisent exactement les quatre couleurs du drapeau palestinien. Ce rapprochement est né dans le contexte de l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza après la guerre des Six Jours, qui s'est déroulée du 5 au 10 juin 1967 : une ordonnance militaire israélienne, toujours partiellement en vigueur en Cisjordanie aujourd'hui, a longtemps interdit l'affichage du drapeau palestinien et de ses couleurs. Depuis octobre 2023, ce symbole a connu une résurgence virale mondiale sur les réseaux sociaux, devenant un signe de ralliement pour des millions de personnes, bien au-delà des cercles militants habituels.

Pourquoi la pastèque est-elle associée à la Palestine ?
Deux mois après le début de l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, les autorités militaires israéliennes ont émis l'ordonnance militaire n°101, qui interdit les rassemblements de dix personnes ou plus sur des sujets « pouvant être interprétés comme politiques », ainsi que l'affichage du drapeau palestinien ou de tout emblème à signification politique sans autorisation militaire. Selon Amnesty International, cette interdiction visait aussi bien les habitations privées que les écoles et les bâtiments publics. Cette ordonnance reste applicable en Cisjordanie aujourd'hui, même si son application concrète a beaucoup varié selon les périodes.
Coupée en deux, la pastèque affiche naturellement les quatre couleurs interdites : le rouge de la chair, le vert de l'écorce, le blanc de la partie interne et le noir des pépins. C'est cette coïncidence chromatique, plus qu'une décision organisée, qui a fait du fruit un moyen détourné et pacifique d'afficher une identité nationale que la loi cherchait à effacer, impossible à confisquer sans ridicule.
D'où vient exactement cette histoire ? Une légende aux origines incertaines
Contrairement à ce que répètent de nombreux articles, l'origine précise du symbole n'est pas clairement établie. Une enquête du quotidien The National publiée en 2021 a retracé les différentes versions de cette histoire, devenue ce que le journal qualifie de « mythe contemporain ».
L'anecdote la plus citée concerne les artistes palestiniens Sliman Mansour, Nabil Anani et Issam Badr, dont l'exposition à la galerie 79 de Ramallah fut fermée par l'armée israélienne en 1980, au motif que les œuvres exposées reprenaient les couleurs et motifs nationaux palestiniens. Face à l'interdiction de peindre le drapeau ou ses couleurs, Issam Badr aurait demandé : « Et si je peignais une pastèque ? », ce à quoi l'officier israélien aurait répondu avec colère : « Elle sera confisquée aussi. » Interrogé par The National en 2021, Sliman Mansour — aujourd'hui l'un des peintres palestiniens les plus reconnus internationalement — a confirmé cet échange, mais a précisé ne pas se souvenir que des artistes de cette époque aient ensuite réellement utilisé la pastèque comme motif politique dans leurs œuvres. Il a insisté sur le fait que l'anecdote, telle qu'elle circule aujourd'hui, a probablement été amplifiée et simplifiée avec le temps.
Un article du New York Times d'octobre 1993 mentionnait par ailleurs des arrestations de jeunes hommes à Gaza pour avoir transporté des tranches de pastèque — mais le journal a depuis précisé ne pas avoir pu vérifier ce détail, qui reste donc une allégation non confirmée plutôt qu'un fait établi. Le véritable point de départ documenté de l'usage artistique du symbole revient à l'artiste Khaled Hourani, qui a peint une tranche de pastèque pour le projet Subjective Atlas of Palestine en 2007 — une œuvre ensuite exposée en Écosse, en France, en Jordanie, au Liban et en Égypte, contribuant à installer durablement le motif dans l'art contemporain palestinien avant même l'essor des réseaux sociaux.

Que représente la pastèque pour les Palestiniens aujourd'hui ?
Au-delà de son rôle historique de contournement de la censure, la pastèque a acquis avec le temps une signification propre et beaucoup plus large dans la culture palestinienne :
- Un lien à la terre : fruit cultivé en Palestine depuis des générations, notamment dans les régions agricoles de Jénine en Cisjordanie et dans certaines zones de Gaza, la pastèque évoque l'agriculture locale et l'attachement au territoire.
- Une identité partagée : dans la diaspora comme dans les territoires palestiniens, elle sert de signe de reconnaissance immédiat entre Palestiniens et sympathisants de la cause.
- Un vecteur artistique : depuis Khaled Hourani, de nombreux artistes (Sarah Hatahet, Beesan Arafat, Sami Boukhari, entre autres) ont repris le motif, diffusé massivement sur les réseaux sociaux et repris par des créateurs de vêtements, de bijoux et d'objets artisanaux à travers le monde.
- Un symbole de résistance créative : il illustre la capacité d'un peuple à maintenir une identité culturelle malgré des décennies de tentatives d'effacement.
Pourquoi ce symbole est-il redevenu viral depuis 2023 ?
Depuis l'attaque du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza qui a suivi, l'usage de l'emoji et de l'image de la pastèque a connu une explosion sur Instagram, TikTok et X. De nombreux utilisateurs l'emploient pour remplacer les mots « Palestine » ou « Gaza » dans leurs publications, une pratique parfois qualifiée d'« algospeak » — un langage codé destiné à contourner une éventuelle modération algorithmique des contenus liés au conflit.
Cette pratique s'est développée dans un climat de méfiance justifié : en octobre 2023, Instagram a présenté ses excuses après qu'un bug de traduction a inséré le mot « terroriste » dans des biographies d'utilisateurs contenant le mot « palestinien ». Quelques semaines plus tard, en décembre 2023, Human Rights Watch a publié un rapport documentant une censure « systémique » des contenus pro-palestiniens par Meta, pointant des politiques de modération défaillantes et une automatisation excessive des suppressions de contenu, y compris sur des publications ne contenant aucune image violente. Dans ce contexte, le symbole de la pastèque a fonctionné comme un langage visuel parallèle, difficile à filtrer automatiquement, permettant de continuer à exprimer une solidarité politique tout en réduisant le risque de suppression de contenu ou de restriction de compte.
La pastèque ou le drapeau palestinien sont-ils encore interdits aujourd'hui ?
La pastèque elle-même n'a jamais fait l'objet d'une interdiction légale : c'est le drapeau et ses couleurs qui étaient visés par l'ordonnance de 1967. Ce cadre a formellement pris fin avec la signature des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, qui ont levé l'interdiction du drapeau dans les territoires sous administration palestinienne.
Le sujet reste toutefois sensible en Israël même : le 1er juin 2022, la Knesset a adopté en première lecture, par 63 voix contre 16, un projet de loi interdisant les « drapeaux ennemis » dans les institutions financées par l'État. Le 8 janvier 2023, le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a publié une directive qualifiant le drapeau palestinien de symbole de « terrorisme » et ordonnant son retrait de l'espace public en Israël, selon Amnesty International. Aucune de ces mesures ne concerne directement la pastèque, qui reste un symbole légal et largement diffusé, y compris en dehors de tout contexte militant.

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Pour approfondir le contexte historique du drapeau lui-même, consultez notre article Drapeau Palestinien : histoire, symbolique et signification.
Sources
— Amnesty International Belgique, « Israël/TPO, les restrictions imposées au drapeau pour museler les Palestiniens et limiter leur visibilité », 13 janvier 2023.
— The National, « How the watermelon became a symbol of Palestinian resistance », 30 mai 2021.
— Human Rights Watch, « Meta: Systemic Censorship of Palestine Content », 20 décembre 2023.
— The Washington Post, « Why the watermelon became a symbol for pro-Palestinian protesters », 16 novembre 2023.
FAQ — Vos questions sur le symbole de la pastèque palestinienne
Pourquoi la pastèque est-elle devenue un symbole de la Palestine ?
Parce que coupée en deux, elle affiche naturellement les quatre couleurs du drapeau palestinien (rouge, vert, noir, blanc), à une époque où ce drapeau et ses couleurs étaient interdits dans les territoires occupés par l'ordonnance militaire israélienne n°101 de 1967. Le rapprochement exact reste toutefois une histoire aux origines incertaines, comme l'a documenté une enquête du journal The National en 2021.
Depuis quand la pastèque est-elle utilisée comme symbole palestinien ?
L'usage artistique documenté le plus ancien remonte à 2007, avec l'œuvre de l'artiste palestinien Khaled Hourani pour le projet Subjective Atlas of Palestine. Une anecdote de 1980 dans une galerie de Ramallah évoque une menace de confiscation par un officier israélien, mais pas une adoption artistique durable à cette époque. Le symbole a ensuite connu une diffusion mondiale massive à partir d'octobre 2023, à la suite du début de la guerre à Gaza, notamment via l'emoji 🍉 sur les réseaux sociaux.
L'emoji pastèque est-il censuré sur les réseaux sociaux ?
Il n'existe pas de preuve d'une censure automatique ciblant spécifiquement l'emoji pastèque. En revanche, Meta a reconnu et corrigé en octobre 2023 un bug ayant inséré le mot « terroriste » dans des biographies Instagram contenant le mot « palestinien », et Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 une censure plus large des contenus pro-palestiniens sur la plateforme. C'est dans ce climat que l'usage détourné de l'emoji s'est généralisé, offrant une façon de continuer à s'exprimer sans déclencher directement des mots-clés sensibles.
La pastèque est-elle interdite en Israël ou en Palestine ?
Non, la pastèque n'a jamais été interdite en tant que telle : seuls le drapeau palestinien et ses couleurs l'ont été, dans le cadre de l'ordonnance militaire de 1967, levée par les accords d'Oslo du 13 septembre 1993. Le drapeau reste toutefois un sujet sensible en Israël, où plusieurs initiatives législatives récentes (2022, 2023) visent à en restreindre l'affichage dans l'espace public.
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Conclusion
La pastèque illustre comment un objet du quotidien peut devenir, presque malgré lui, un symbole politique puissant. Née d'une coïncidence de couleurs exploitée pour contourner une interdiction bien réelle — l'ordonnance militaire de 1967 —, entretenue par une légende artistique aux contours flous autour de 1980, puis fixée durablement par l'art contemporain palestinien à partir de 2007 avec Khaled Hourani, elle a trouvé une seconde vie virale depuis 2023 sur les réseaux sociaux du monde entier.
Comprendre cette histoire, avec ses zones d'ombre autant que ses faits documentés, c'est mieux saisir comment la culture palestinienne continue de s'exprimer face à l'effacement, hier par la peinture et aujourd'hui par un emoji. Découvrez nos produits aux couleurs de la pastèque pour afficher, vous aussi, votre soutien au peuple palestinien.