La France a officiellement reconnu l'État de Palestine le 22 septembre 2025, lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies à New York — devenant la première puissance du G7 à franchir ce pas historique. Depuis 2023, elle a engagé plus de 300 millions d'euros d'aide humanitaire pour Gaza et la Cisjordanie, acheminé plus de 1 500 tonnes de vivres et de médicaments, et élevé la représentation palestinienne à Paris au rang d'ambassade. Pourtant, cette position d'avant-garde diplomatique est le résultat d'une longue évolution : pendant des décennies, la France a oscillé entre soutien à la solution à deux États et prudence diplomatique vis-à-vis d'Israël. Retour sur une relation complexe, fondamentale et toujours en mouvement.
Pour comprendre quels autres pays ont reconnu l'État de Palestine, consultez notre article sur quels pays soutiennent la Palestine. Et pour l'histoire du conflit israélo-palestinien, lisez notre dossier sur la Nakba : histoire, signification et mémoire d'un peuple.

Quelle est l'histoire des relations entre la France et la Palestine ?
La relation entre la France et la cause palestinienne trouve son point de bascule en 1967. Jusqu'alors, Paris était l'un des principaux fournisseurs d'armes à Israël — les Mirages vendus à Tsahal avaient joué un rôle décisif dans la victoire israélienne éclair de juin 1967. Mais c'est précisément cette guerre qui change tout. Après la guerre des Six Jours, le général de Gaulle condamne fermement l'agression israélienne et ses conséquences. Le 2 juin 1967, un embargo sur les ventes d'armes à Israël est décrété. Le 15 juin, le Conseil des ministres publie un communiqué condamnant l'ouverture des hostilités par Israël. Le 22 novembre 1967, la France soutient la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui exige le retrait d'Israël des territoires occupés. Le 27 novembre 1967, lors d'une conférence de presse historique, De Gaulle qualifie les Israéliens de "peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" — une formule qui fait scandale mais qui marque une rupture symbolique durable avec l'alliance franco-israélienne d'avant 1967.
Cette rupture inaugure ce qu'on appellera la "politique arabe de la France" — une diplomatie qui cherche à équilibrer ses relations avec le monde arabe et Israël, en se positionnant comme intermédiaire plutôt que comme partisan exclusif. Ses successeurs, de Pompidou à Chirac, maintiennent et approfondissent cette ligne. En octobre 1974, la France vote en faveur de la reconnaissance de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) comme principal représentant du peuple palestinien à l'ONU. En 1988, lors de la première Intifada, Paris établit des contacts officiels avec l'OLP de Yasser Arafat. En 1993, à la signature des Accords d'Oslo, la France joue un rôle de soutien politique et s'engage dans le financement des institutions palestiniennes naissantes.
Les années 2000 et 2010 sont marquées par une position plus hésitante. Jacques Chirac s'illustre par sa visite à Ramallah en 1996 et son soutien affiché à Yasser Arafat, mais aussi par ses tensions avec Israël lors de la visite de Jérusalem où il interpelle la sécurité israélienne — "Vous voulez que je rentre à Paris ? Ça c'est une provocation !" — une scène devenue iconique. Nicolas Sarkozy adopte une ligne nettement plus pro-israélienne. François Hollande tente de relancer les négociations sans succès. En 2012, la France vote en faveur du statut d'État observateur non membre de la Palestine à l'ONU. En 2014, le Parlement français vote en faveur de la reconnaissance de l'État de Palestine — une résolution non contraignante pour le gouvernement, mais qui traduit l'évolution profonde de l'opinion publique et des élus. En 2017, Macron organise à Paris une Conférence de Paris pour la paix qui réaffirme la centralité de la solution à deux États, réunissant 70 pays et organisations internationales.
La Palestine est aujourd'hui le premier bénéficiaire de l'aide budgétaire française dans le monde — une donnée qui illustre la profondeur de l'engagement français bien au-delà des déclarations diplomatiques.

Comment la France a-t-elle reconnu officiellement l'État de Palestine en 2025 ?
C'est lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies, le 22 septembre 2025 à New York, qu'Emmanuel Macron prononce la phrase historique depuis la tribune de l'ONU : "La France reconnaît l'État de Palestine." Cette annonce, préparée de longue date et confirmée par Macron lui-même dans une lettre au président Mahmoud Abbas le 24 juillet 2025, survient dans un contexte de pression internationale croissante après vingt-trois mois de guerre à Gaza.
La reconnaissance française s'inscrit dans une initiative diplomatique plus large : la France co-préside avec l'Arabie saoudite une conférence internationale de haut niveau sur la solution à deux États, qui aboutit à la Déclaration de New York — une feuille de route pour un règlement politique du conflit, excluant explicitement le Hamas de tout rôle à Gaza. Selon le site officiel de l'ambassade de France, "les engagements obtenus de l'Autorité palestinienne ont permis d'entraîner à la suite de la France des États qui n'avaient pas reconnu l'État de Palestine jusqu'à ce jour : le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, le Portugal, la Belgique et le Luxembourg."
La reconnaissance française déclenche une réaction immédiate d'Israël, qui rappelle son ambassadeur à Paris. Mais ses effets diplomatiques sont considérables : une dynamique a été créée par la France, et la Déclaration de New York du 12 septembre affirme le caractère "essentiel et indispensable" de la reconnaissance de l'État palestinien. La représentation palestinienne à Paris est ensuite élevée au rang d'ambassade — une conséquence directe et logique de la reconnaissance officielle, transformant profondément les relations bilatérales entre Paris et Ramallah.

Quelle est l'aide humanitaire française à la Palestine ?
La France est l'un des principaux bailleurs de fonds de l'aide humanitaire palestinienne. Avant octobre 2023, elle contribuait déjà à hauteur de 20 millions d'euros par an à l'UNRWA (l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens), maintenant cette contribution même dans les périodes de turbulences. Elle versait également 16 millions d'euros par an d'aide budgétaire directe à l'Autorité palestinienne, et environ 12 millions d'euros par an via l'Agence française de développement (AFD) pour des projets d'eau, d'assainissement et de développement local.
Depuis le 7 octobre 2023, l'engagement humanitaire français a été massivement amplifié. La France a contribué à hauteur de plus de 300 millions d'euros à la réponse humanitaire dirigée vers la population civile palestinienne à Gaza et en Cisjordanie. Ce soutien a été impulsé par le président de la République lors de la Conférence internationale humanitaire pour la population civile de Gaza organisée à Paris le 9 novembre 2023. Au total, le Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères a acheminé plus de 1 500 tonnes d'aide pour les populations palestiniennes — vivres contre la malnutrition, abris pour les déplacés, médicaments et équipements médicaux.
L'Institut français de Gaza mérite également d'être mentionné : c'est le seul centre culturel étranger présent dans la bande de Gaza, qui poursuit un travail de formation professionnelle auprès de la population. Un lycée français a été ouvert à Ramallah en 2016. L'AFD a financé des projets qui ont permis à 800 000 personnes de gagner un accès à l'eau potable ou de bénéficier d'une amélioration de la qualité du service d'eau potable.
Quelle est la mobilisation de la société civile française pour la Palestine ?
Depuis octobre 2023, la France a connu l'un des mouvements de solidarité avec la Palestine les plus intenses de son histoire. Des manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes ont eu lieu à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et dans des dizaines d'autres villes. Le 19 octobre 2023, malgré l'interdiction préfectorale, des milliers de personnes ont défié l'autorité pour se rassembler place de la République à Paris. Le mouvement a été partiellement réprimé en France — avec des interdictions de manifestation au nom de l'ordre public — dans ce qui a été décrit comme "l'une des répressions les plus sévères d'Europe" par des organisations de défense des libertés civiles. Cette répression n'a pas étouffé la mobilisation : au contraire, elle a nourri une nouvelle génération de militants.
Ces rassemblements ont été marqués par une nouvelle génération de militants — plus jeune, plus racisée, moins attachée aux partis traditionnels — portée par l'urgence de la situation à Gaza. Des organisations historiques comme l'Association France Palestine Solidarité (AFPS), l'Union juive française pour la paix (UJFP) et le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJD) ont vu leurs rangs grossir et se renouveler.
La figure la plus emblématique de cette mobilisation est Rima Hassan. Née apatride dans le camp de réfugiés de Neirab, près d'Alep, en Syrie, elle arrive en France à l'âge de 10 ans et obtient la nationalité française en 2010. Diplômée en droit international public à la Sorbonne, elle fonde en 2019 l'Observatoire des camps de réfugiés. En 2023, elle crée le collectif Action Palestine France et rejoint La France insoumise pour les élections européennes. Le 9 juin 2024, elle est élue députée européenne — la première voix palestinienne à siéger au Parlement européen. Depuis, elle mène campagne pour la suspension de l'accord d'association UE-Israël, a participé à la Flottille de la liberté pour Gaza en juin 2025, et fait l'objet de 16 procédures judiciaires en France pour ses prises de position. Pour en savoir plus sur son parcours, lisez notre article Qui est Rima Hassan ?
Au-delà de Rima Hassan, de nombreux artistes et personnalités françaises ont pris position. Angèle — la chanteuse belge francophone — a été tête d'affiche du concert Voices for Gaza à La Cigale en juin 2024. Kery James, figure du rap français engagé, a affiché son soutien à Gaza. Le rappeur Médine a co-organisé des événements de solidarité. L'Association France Palestine Solidarité (AFPS), fondée en 2001, coordonne l'action de dizaines d'associations locales et de syndicats. Pour découvrir toutes les personnalités engagées, lisez notre Top 25 des personnalités pro-palestiniennes.

Quelle est la diaspora palestinienne en France ?
La France abrite l'une des communautés arabes les plus importantes d'Europe occidentale. La diaspora palestinienne en France est issue de plusieurs vagues migratoires — des réfugiés de 1948 (la Nakba) qui avaient transité par le Liban, la Jordanie ou la Syrie, puis des générations suivantes arrivées dans les années 1970 et 1980 fuyant les guerres au Liban et en Jordanie, et enfin des arrivées plus récentes liées aux crises de 2011-2015 en Syrie. Cette communauté est présente principalement en Île-de-France, dans les Bouches-du-Rhône, dans le Nord et dans la région lyonnaise.
Elle maintient des liens culturels, économiques et politiques forts avec la Palestine. Les keffiehs, les drapeaux palestiniens et les pastèques — symbole de résistance — sont omniprésents lors des manifestations françaises depuis octobre 2023. Pour comprendre la signification de ces symboles, lisez notre article sur le keffieh palestinien : histoire, symbolique et signification.
Comment agir pour la Palestine depuis la France ?
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Sources
— France Diplomatie, La France reste mobilisée pour la Palestine, juin 2026.
— Ambassade de France, Reconnaissance de l'État de Palestine par la France, septembre 2025.
— France 24, Reconnaissance de la Palestine en 2025 : une victoire diplomatique, et après ?, décembre 2025.
— Revolution Africaine, La France élève sa représentation diplomatique au rang d'ambassade, mars 2026.
— Centre Étudiant pour la Recherche Stratégique / Sciences Po, Évolutions de la diplomatie française à l'égard de la Question de Palestine, 2025.
Vos questions fréquentes sur les relations entre France et la Palestine
Quand la France a-t-elle reconnu l'État de Palestine ?
La France a officiellement reconnu l'État de Palestine le 22 septembre 2025, lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies à New York. C'est Emmanuel Macron qui a fait cette annonce depuis la tribune de l'ONU, en co-présidant avec l'Arabie saoudite une conférence internationale sur la solution à deux États. La France est ainsi devenue la première puissance du G7 à reconnaître officiellement l'État de Palestine.
Combien la France a-t-elle versé en aide humanitaire à la Palestine ?
Depuis 2023, la France a contribué à plus de 300 millions d'euros d'aide humanitaire pour la population civile palestinienne à Gaza et en Cisjordanie, selon France Diplomatie. Avant octobre 2023, elle contribuait déjà à hauteur de 20 millions d'euros par an à l'UNRWA et versait 16 millions d'euros d'aide budgétaire directe à l'Autorité palestinienne.
Y a-t-il une ambassade de Palestine en France ?
Oui. Depuis la reconnaissance officielle de septembre 2025, la représentation palestinienne à Paris a été élevée au rang d'ambassade. C'est une conséquence directe de la reconnaissance de l'État de Palestine par la France.
Quelle est la position historique de la France sur la Palestine ?
La France soutient la solution à deux États depuis le tournant gaulliste de 1967 — quand De Gaulle avait condamné l'offensive israélienne, voté la résolution 242 et imposé un embargo sur les armes. En 1974, elle a soutenu l'admission de l'OLP à l'ONU. En 2014, le Parlement a voté pour la reconnaissance de la Palestine (résolution non contraignante). En 2025, la reconnaissance officielle a été le point d'aboutissement de cette longue évolution diplomatique.
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