Depuis 2008, des militants du monde entier tentent de briser par la mer le blocus israélien de Gaza. Des bateaux chargés d'aide humanitaire, des centaines d'activistes à bord, des keffiehs palestiniens et des drapeaux palestiniens déployés sur les ponts — et face à eux, la marine israélienne. En mai 2026, une nouvelle flottille a été interceptée dans les eaux internationales. Ses membres ont subi des maltraitances documentées par des ONG. Un ministre israélien d'extrême droite a même publié une vidéo humiliante des militants arrêtés, provoquant un tollé international.
Retour sur l'histoire des flottilles pour Gaza, de la première tentative en 2008 jusqu'aux événements de mai 2026.

Le blocus de Gaza : pourquoi des flottilles ?
Pour comprendre les flottilles, il faut comprendre le blocus. Depuis 2007, Israël impose un blocus terrestre, maritime et aérien sur la bande de Gaza, après la prise de contrôle du territoire par le Hamas. Ce blocus contrôle strictement l'entrée des marchandises, des matériaux de construction, des médicaments et des personnes. Israël justifie cette mesure par des raisons sécuritaires. Les organisations internationales, dont l'ONU, considèrent ce blocus comme une violation du droit international humanitaire.
C'est pour dénoncer ce blocus et tenter de l'enfreindre symboliquement que des militants du monde entier ont commencé à organiser des convois maritimes vers Gaza — les "flottilles".
2008 : les premières traversées — le mouvement Free Gaza
La première tentative de briser le blocus par la mer remonte à août 2008. Le mouvement Free Gaza, composé d'militants internationaux, envoie deux petits bateaux vers Gaza. Contre toute attente, Israël laisse passer ces navires — une première depuis 41 ans. Les bateaux arrivent à Gaza le 23 août 2008, accueillis par une foule en liesse. Le mouvement effectuera plusieurs traversées réussies entre août et décembre 2008, avant qu'Israël ne renforce son dispositif d'interception.
2010 : le Mavi Marmara — le tournant dramatique
Le 31 mai 2010, une flottille internationale de six navires tente de rejoindre Gaza avec 10 000 tonnes d'aide humanitaire et environ 700 militants à bord, venus de 37 pays différents. Le navire principal est le Mavi Marmara, un ferry turc affrété par l'ONG humanitaire turque IHH.
Dans la nuit du 30 au 31 mai, alors que la flottille navigue en eaux internationales, des commandos de la marine israélienne (Tsahal) abordent le Mavi Marmara par hélicoptère. Ce qui se passe ensuite fait l'objet de versions contradictoires. Selon Israël, les soldats ont été attaqués par des militants armés de barres de fer et de couteaux. Selon les organisateurs, les soldats ont ouvert le feu sans justification sur des civils non armés.
Le bilan est de neuf morts — tous turcs — et de nombreux blessés parmi les militants. Dix soldats israéliens sont également blessés. C'est la première fois que des militants d'une flottille sont tués lors d'une interception israélienne.
Les réactions internationales sont massives. La Turquie rappelle son ambassadeur en Israël. Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne l'incident. Une enquête indépendante de l'ONU conclut que l'usage de la force par Israël était "excessif et déraisonnable". Les relations israélo-turques se dégradent profondément pendant plusieurs années.

2011-2024 : tentatives répétées, interceptions systématiques
Loin de décourager les militants, le drame du Mavi Marmara renforce la mobilisation internationale. Plusieurs tentatives suivent dans les années 2010 et 2020, toutes interceptées par la marine israélienne.
En 2011, une nouvelle flottille est organisée mais bloquée dans les ports grecs sous pression israélienne et américaine. En 2018, le bateau Al-Awda ("Le Retour") est intercepté en eaux internationales. En 2021, la flottille Freedom Flotilla tente une nouvelle traversée sans succès. En 2023 et 2024, plusieurs navires isolés — le Conscience, le Madleen, le Handala — tentent à leur tour de briser le blocus, chaque fois en vain.
À chaque interception, le même schéma se répète : les navires sont arraisonnés en eaux internationales, les militants arrêtés, expulsés vers leurs pays d'origine, et l'aide humanitaire confisquée. Les organisations internationales dénoncent ces actions comme des violations du droit de la mer. Israël maintient que le blocus est légal au regard du droit international.
Avril-mai 2026 : la Global Sumud Flotilla
En avril 2026, la plus grande flottille jamais organisée prend la mer. La Flottille mondiale de la résilience (Global Sumud Flotilla) rassemble plus de 20 navires et environ 200 militants venus de dizaines de pays. Parmi eux, deux bateaux français partis de Marseille le 4 avril 2026 sous l'égide de la campagne française "Flottille de la liberté pour Gaza", soutenue par des ONG, syndicats et associations de solidarité.
Le 19 mai 2026, la marine israélienne intercepte la flottille dans les eaux internationales au large de la Grèce. Quelque 175 militants sont arrêtés. Les images de l'interception font le tour du monde.

Les maltraitances dénoncées par les ONG
Après l'arrestation des militants, des témoignages alarmants commencent à émerger. L'ONG israélienne Adalah, qui a rendu visite aux détenus en prison, documente des conditions de détention préoccupantes : interrogatoires pouvant durer jusqu'à huit heures d'affilée, menaces de mort et de "passer cent ans en prison", cellules soumises à un éclairage intensif permanent, déplacements systématiquement effectués les yeux bandés — y compris lors des visites médicales.
Deux militants — l'Espagnol Saïf Abu Keshek et le Brésilien Thiago Avila — sont maintenus en détention prolongée et entament une grève de la faim. Adalah dénonce une "violation flagrante des normes éthiques médicales" concernant le traitement qui leur est réservé.
La France, ainsi que de nombreux autres pays, dénonce officiellement ces conditions de détention.
La vidéo de Ben Gvir : un tollé international
Le 20 mai 2026, l'affaire prend une nouvelle dimension. Itamar Ben Gvir, ministre israélien d'extrême droite de la Sécurité nationale, publie sur les réseaux sociaux une vidéo montrant les militants arrêtés agenouillés et les mains liées. Ben Gvir présente ces images comme "une grande source de fierté".
La réaction est immédiate — y compris au sein du gouvernement israélien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu juge ces images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar accuse son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". De nombreux pays, dont la France, condamnent le traitement infligé aux militants.
La vidéo de Ben Gvir devient un symbole supplémentaire de la brutalité dénoncée par les soutiens de la cause palestinienne à travers le monde.

Le droit international : Israël a-t-il le droit d'intercepter ces flottilles ?
La question juridique est complexe et disputée. Israël maintient que le blocus naval de Gaza est légal en vertu du droit de la mer, en tant que mesure de sécurité dans le cadre d'un conflit armé. Les organisateurs des flottilles, soutenus par de nombreux juristes internationaux, font valoir que l'interception de navires en eaux internationales — donc en dehors des eaux territoriales israéliennes ou gazaouies — constitue une violation du droit de la mer.
Une enquête de l'ONU menée après l'incident du Mavi Marmara en 2010 a conclu que le blocus naval israélien était "légal en vertu du droit international" mais que "l'usage de la force lors de l'interception du Mavi Marmara était excessif et déraisonnable". En 2026, les Nations Unies ont qualifié l'interception de la flottille mondiale de la résilience d'"inacceptable".
Pourquoi les flottilles continuent malgré les interceptions ?
Chaque interception est aussi une victoire symbolique pour le mouvement de solidarité. Même arrêtée, chaque flottille génère une couverture médiatique mondiale qui maintient la question de Gaza dans l'actualité internationale. Elle oblige les gouvernements à se positionner. Elle documente le blocus et ses conséquences humanitaires.
Les organisateurs le savent : l'objectif des flottilles n'est pas seulement d'acheminer de l'aide — c'est aussi de témoigner, de dénoncer et de maintenir la pression internationale sur Israël pour qu'il lève le blocus. En ce sens, même interceptées, les flottilles remplissent leur mission.
FAQ : vos questions sur les flottilles pour Gaza
Qu'est-ce qu'une flottille pour Gaza ?
Une flottille pour Gaza est un convoi de navires organisé par des militants internationaux pour tenter de briser le blocus naval israélien de la bande de Gaza, en acheminant de l'aide humanitaire et en attirant l'attention internationale sur la situation dans le territoire.
Combien de personnes sont mortes lors des interceptions de flottilles ?
La seule flottille ayant causé des morts est celle du Mavi Marmara, le 31 mai 2010 : neuf militants turcs ont été tués lors de l'abordage par des commandos israéliens. Depuis, les interceptions ont donné lieu à des arrestations et des maltraitances documentées, mais pas à d'autres décès parmi les militants.
Les flottilles pour Gaza sont-elles légales ?
Les organisateurs des flottilles affirment que leur action est légale au regard du droit de la mer, notamment parce que les interceptions se produisent en eaux internationales. Israël maintient que son blocus naval est légal. La question reste disputée sur le plan juridique international.
Qui organise les flottilles pour Gaza ?
Les flottilles sont organisées par la Coalition internationale de la Flottille de la liberté, qui regroupe des ONG, des associations de solidarité, des syndicats et des partis politiques de nombreux pays. La France dispose depuis 2026 d'une campagne nationale, partie de Marseille en avril 2026.
Pour aller plus loin
Pour comprendre le contexte plus large du conflit, consultez nos articles : pourquoi les territoires palestiniens sont considérés comme occupés, la Nakba : histoire et signification, et comment aider la Palestine concrètement.
Et pour afficher votre solidarité avec le peuple palestinien, découvrez notre collection de keffiehs palestiniens et nos drapeaux palestiniens. 🇵🇸