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Italie et Palestine : Meloni face à un million de manifestants

L'Italie ne reconnaît pas l'État de Palestine — mais 87,8 % des Italiens souhaitent cette reconnaissance, selon un sondage Izi de septembre 2025. Le 22 septembre 2025, pendant que la France reconnaissait la Palestine à l'ONU, des centaines de milliers d'Italiens descendaient dans les rues de 80 villes pour "dénoncer le génocide à Gaza" lors d'une grève générale nationale. Le 4 octobre, un million de personnes défilaient à Rome. La contradiction est totale : le gouvernement de Giorgia Meloni, l'un des plus pro-israéliens d'Europe, se retrouve face à une société civile en rébellion ouverte, des dockers qui refusent de charger des armes, des usines d'armement occupées par des manifestants. L'Italie vit l'un des moments de mobilisation populaire les plus intenses de son histoire récente — pour la Palestine.

Pour comprendre les pays qui ont choisi la reconnaissance officielle, consultez notre article sur quels pays soutiennent la Palestine. Et pour les entreprises liées à l'armement israélien, dont certaines ont des implantations en Italie, lisez notre dossier sur les entreprises qui soutiennent Israël.


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Quelle est l'histoire des relations entre l'Italie et la Palestine ?

L'histoire des relations entre l'Italie et la Palestine est marquée par une ambiguïté fondamentale : un soutien verbal constant à la solution à deux États, sans jamais franchir le pas de la reconnaissance officielle. L'Italie est l'un des premiers pays à avoir établi des relations avec l'Autorité palestinienne après les Accords d'Oslo de 1993. Elle contribue depuis des décennies à l'UNRWA et aux organisations humanitaires actives dans les territoires palestiniens. Elle soutient verbalement la création d'un État palestinien — mais, comme le Royaume-Uni jusqu'en 2025, conditionne cette reconnaissance à l'aboutissement d'un processus de paix négocié.

L'Italie entretient par ailleurs des liens économiques et militaires importants avec Israël. Leonardo, le géant de la défense et de l'aéronautique dont l'État italien détient 30 % du capital, a des contrats de coopération avec l'industrie militaire israélienne. Selon des révélations du journal Il Fatto Quotidiano en octobre 2025, des commandes d'armes signées avant le 7 octobre 2023 avaient été honorées après le début de la guerre à Gaza — en contradiction avec les déclarations officielles du ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, qui avait affirmé en janvier 2025 n'avoir signé aucun nouveau contrat depuis le 7 octobre. Le port de Gênes et celui de Livourne ont été identifiés par les militants comme des points de transit d'armements vers Israël, ce qui a déclenché des actions de blocage des dockers.

La présence italienne en Palestine est aussi culturelle et humanitaire : l'Italie cofinance des projets de développement en Cisjordanie, participe à la mission EUBAM à Rafah (observateurs européens à la frontière entre Gaza et l'Égypte) et dispose d'un réseau de représentation consulaire à Jérusalem et d'une représentation auprès de l'Autorité palestinienne à Ramallah.


Quelle est la position de Giorgia Meloni sur la Palestine et Israël ?

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, Giorgia Meloni adopte une ligne nettement pro-israélienne — la plus marquée parmi les grandes démocraties européennes. Après le 7 octobre 2023, elle exprime son soutien au "droit d'Israël à se défendre" sans retenue, et maintient cette position malgré l'ampleur des destructions à Gaza. En 2024, le gouvernement Meloni est l'un des rares en Europe à ne pas condamner explicitement les frappes israéliennes sur des zones civiles densément peuplées, à ne pas appeler à un cessez-le-feu, et à ne pas suspendre les livraisons d'armes.

En juillet 2025, 35 anciens ambassadeurs italiens signent une lettre ouverte à Meloni, l'appelant à reconnaître immédiatement l'État de Palestine, à suspendre toute coopération militaire avec Israël et à soutenir les sanctions européennes. Meloni ne répond pas directement. Le 22 septembre 2025, alors que la France, le Royaume-Uni et le Portugal reconnaissent la Palestine à l'ONU, Meloni est à New York pour l'Assemblée générale. Elle annonce le soutien de l'Italie à certaines sanctions européennes contre Israël — mais ne reconnaît pas la Palestine. Face à une pression populaire intense, le lendemain 23 septembre 2025, elle déclare : "Je ne suis pas opposée à la reconnaissance de la Palestine, mais nous devons nous donner les bonnes priorités." Elle conditionne la reconnaissance à deux critères : la libération des otages détenus par le Hamas et l'exclusion du Hamas de tout gouvernement palestinien. En octobre 2025, Meloni qualifie pour la première fois les frappes israéliennes de "disproportionnées" — une rupture de ton significative.

Cette évolution reflète la pression de l'opinion publique. Selon le sondage Izi de septembre 2025, 87,8 % des Italiens sont favorables à la reconnaissance d'un État palestinien — et ce taux reste de 73 % parmi les électeurs de la coalition gouvernementale de Meloni elle-même. "Pour un gouvernement qui se présente comme l'expression directe de la souveraineté populaire, ces chiffres comptent", note le quotidien La Stampa.


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Pourquoi l'Italie a-t-elle connu une vague de grèves et de manifestations pour Gaza en 2025 ?

L'automne 2025 marque un tournant dans la mobilisation italienne pour la Palestine. Le déclencheur immédiat : l'interception par la marine israélienne de la Flottille mondiale Sumud en octobre 2025. Parmi les activistes arrêtés figurent quatre Italiens, membres de l'Alliance des Verts et de la Gauche et du Mouvement 5 Étoiles — leur détention suscite une indignation nationale immédiate.

Mais la mobilisation avait commencé bien avant. Le 22 septembre 2025, lors d'une grève générale nationale appelée par plusieurs syndicats de base (USB, SI Cobas), des centaines de milliers de personnes défilent dans près de 80 villes italiennes. À Milan, les manifestants envahissent la gare centrale. À Rome, ils bloquent le périphérique. À Venise, les militants dénoncent dans le port le départ de navires transportant des armes. À Florence, des manifestants occupent brièvement une usine d'armement fournissant du matériel à Israël. La police utilise des canons à eau à Venise et à Bologne. Le 3 octobre, une nouvelle grève générale est décrétée. Le 4 octobre 2025, Rome est le théâtre d'une manifestation d'un million de personnes — l'une des plus grandes de l'histoire récente de l'Italie.

Les revendications sont claires : cessez-le-feu à Gaza, reconnaissance de l'État de Palestine, fin des livraisons d'armes depuis les ports italiens, sanctions contre Israël. Les dockers de Gênes, Livourne, Ancône et d'autres ports adriatiques mènent des actions directes, refusant de charger ou décharger des navires liés aux échanges commerciaux avec Israël. Plus de 230 avocats et juristes italiens signent une déclaration qualifiant la coopération militaire de l'Italie avec Israël de "participation claire à l'extermination et au meurtre", contraire au droit international et à la Constitution italienne.

L'intensité de cette mobilisation surprend les observateurs dans un pays que l'on disait "replié sur lui-même" depuis l'arrivée de Meloni. Elle témoigne d'une fracture profonde entre le gouvernement et une large partie de la population — et d'une tradition italienne de solidarité avec les peuples opprimés, héritée du mouvement ouvrier et des luttes anti-coloniales du XXe siècle.


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L'Italie va-t-elle reconnaître la Palestine ?

En septembre 2025, Meloni annonce que les partis de sa coalition présenteront une motion au Parlement pour la reconnaissance de la Palestine — sous conditions. La motion n'a pas encore été votée au moment de la publication de cet article. L'opposition de centre-gauche pousse pour une reconnaissance sans conditions préalables, estimant que le gouvernement "est du mauvais côté de l'histoire". La région Émilie-Romagne, dirigée par le Parti démocrate, a rompu ses relations institutionnelles avec Israël en mai 2025 — une décision au niveau régional, qui illustre la pression croissante sur le gouvernement central.

L'Italie reste, avec l'Allemagne et l'Autriche, l'un des rares grands pays européens à ne pas avoir encore reconnu la Palestine au moment de la rédaction de cet article. Mais la dynamique évolue rapidement sous la pression populaire et diplomatique.


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Sources

— Euronews, Meloni annonce une motion pour la reconnaissance de l'État de Palestine avec deux conditions, septembre 2025.
— The Times of Israel, À l'ONU, Meloni annonce le soutien de l'Italie aux sanctions de l'UE contre Israël, septembre 2025.
— Euronews, Grève générale : manifestations dans les villes italiennes contre la guerre à Gaza, septembre 2025.
— Le Devoir, Des dizaines de milliers d'Italiens dans les rues pour dénoncer le génocide à Gaza, septembre 2025.
— Orient XXI, Malgré la politique officielle, une vague inédite de solidarité pour Gaza déferle sur l'Italie, novembre 2025.
— WSWS, Manifestations de masse et grève générale pour Gaza en Italie, octobre 2025.


Vos questions fréquentes sur l'Italie et la Palestine

L'Italie reconnaît-elle l'État de Palestine ?

Non, pas encore. En septembre 2025, Giorgia Meloni a annoncé que sa coalition présenterait une motion au Parlement pour la reconnaissance de la Palestine, sous deux conditions : la libération des otages détenus par le Hamas et l'exclusion du Hamas de tout gouvernement palestinien. La motion n'avait pas encore été votée au moment de la rédaction de cet article. L'Italie reste avec l'Allemagne et l'Autriche parmi les rares grands pays européens à ne pas avoir reconnu la Palestine.

Quelle est l'opinion des Italiens sur la reconnaissance de la Palestine ?

Selon un sondage Izi de septembre 2025, 87,8 % des Italiens sont favorables à la reconnaissance d'un État palestinien. Ce taux reste de 73 % parmi les électeurs de la coalition gouvernementale de Meloni — illustrant le fossé profond entre le gouvernement et l'opinion publique sur ce sujet.

Qu'est-il arrivé lors des grèves générales italiennes pour Gaza en 2025 ?

Le 22 septembre 2025, lors d'une grève générale nationale, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans près de 80 villes italiennes. À Milan, les manifestants ont envahi la gare centrale. À Venise, ils ont bloqué le port. Le 4 octobre 2025, un million de personnes ont défilé à Rome — l'une des plus grandes manifestations de l'histoire récente de l'Italie. Les dockers de plusieurs ports ont refusé de charger des navires liés aux échanges avec Israël.

L'Italie livre-t-elle des armes à Israël ?

Antonio Tajani, ministre des Affaires étrangères, a déclaré en janvier 2025 n'avoir signé aucun nouveau contrat d'armement avec Israël depuis le 7 octobre 2023. Mais des révélations du journal Il Fatto Quotidiano en octobre 2025 ont montré que des commandes antérieures au 7 octobre avaient été honorées. Des militants ont également dénoncé le transit d'armements par les ports de Gênes et Livourne.

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