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États-Unis et Palestine : politique, histoire et solidarité

Les États-Unis ne reconnaissent pas l'État de Palestine. Ils sont, avec Israël, le seul pays permanent du Conseil de sécurité de l'ONU à s'y opposer fermement. Depuis le 7 octobre 2023, Washington a bloqué les résolutions de cessez-le-feu à l'ONU, maintenu ses livraisons d'armes à Israël sous Biden, puis présenté sous Trump un plan de paix en 20 points signé le 8 octobre 2025 — entériné par le Conseil de sécurité le 17 novembre mais rejeté par l'Autorité palestinienne. Pourtant, les États-Unis sont aussi le pays où le mouvement de solidarité avec la Palestine est le plus massif, le plus jeune et le plus réprimé depuis octobre 2023 — et où le fossé entre la politique officielle et l'opinion publique est historiquement béant.

Pour comprendre les pays qui ont, au contraire, choisi la voie de la reconnaissance, consultez notre article sur quels pays soutiennent la Palestine. Et pour les entreprises américaines liées au conflit, lisez notre dossier sur les entreprises qui soutiennent Israël.


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Comment les États-Unis sont-ils devenus le principal soutien d'Israël depuis 1948 ?

Le 14 mai 1948, onze minutes après la proclamation de l'État d'Israël par David Ben Gourion, le président américain Harry Truman reconnaît le nouvel État — premier chef d'État à le faire. Cette reconnaissance fulgurante, motivée par des considérations électorales internes (les Juifs américains représentent un électorat important à New York) et par les pressions personnelles de Truman face à l'opposition de son Département d'État, ancre d'emblée les États-Unis comme principal soutien occidental d'Israël.

En 1947, les États-Unis avaient déjà voté en faveur du plan de partage de la Palestine à l'Assemblée générale de l'ONU — contre l'avis de leur propre secrétariat à la Défense et des lobbys pétroliers, qui craignaient les réactions du monde arabe. Ce soutien précoce est d'abord pragmatique : pendant les années Eisenhower, Washington oblige même Israël à se retirer du Sinaï en 1956, sous menace de sanctions économiques, après l'opération franco-israélo-britannique de Suez. L'alliance devient véritablement "spéciale" à partir de 1967 : après la guerre des Six Jours, le président Johnson décide de livrer massivement des armes à Israël. Cette décision marque le tournant fondamental — les États-Unis deviennent à la fois le garant de la sécurité d'Israël et le principal fournisseur d'armements.

Les années 1980 marquent l'apogée de cette alliance. Sous Reagan, Israël est officiellement désigné comme "allié non-membre de l'OTAN" et l'aide militaire américaine est institutionnalisée à plus de 3 milliards de dollars par an — un niveau maintenu jusqu'à aujourd'hui. En contrepartie, Washington exerce une pression — souvent symbolique — pour que des négociations avec les Palestiniens aient lieu. Cette tension entre soutien absolu à Israël et appel verbal à la solution à deux États structure toute la politique américaine jusqu'à nos jours.


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Quelle a été la politique américaine sur la Palestine de Clinton à Biden ?

En 1993, les Accords d'Oslo sont paraphés sur les pelouses de la Maison Blanche, sous la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, orchestrée par Bill Clinton. C'est le moment le plus proche d'une paix israélo-palestinienne que le monde ait jamais connu. En 2000, lors du Sommet de Camp David II, Clinton présente les "Paramètres Clinton" — un cadre pour la création d'un État palestinien — mais les négociations échouent. Les deux parties se rejettent la responsabilité de cet échec.

George W. Bush, en 2002, est le premier président américain à prononcer explicitement le terme "État palestinien" — mais dans le contexte de l'après-11 septembre, le soutien militaire à Israël est renforcé. Barack Obama tente de relancer les négociations, sans succès. Lors de son premier mandat (2017-2021), Donald Trump adopte les positions les plus pro-israéliennes de l'histoire américaine : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël en 2017 (condamnée par une résolution de l'ONU à 128 voix contre 9), fermeture du bureau de l'OLP à Washington, coupure de l'aide à l'UNRWA. Les Accords d'Abraham, qu'il orchestre en 2020, normalisent les relations entre Israël et plusieurs pays arabes (Émirats, Bahreïn, Maroc, Soudan) — sans inclure les Palestiniens dans les négociations.

Joe Biden reprend les contributions à l'UNRWA en 2021 et réaffirme verbalement son soutien à la solution à deux États. Mais après le 7 octobre 2023, son administration continue les livraisons d'armes à Israël malgré l'ampleur des destructions à Gaza — décision qui lui vaut une opposition croissante au sein même de son parti. Selon une étude citée par l'Arab Center Washington DC, 59 % des démocrates expriment davantage de sympathie pour les Palestiniens que pour les Israéliens en 2024. Un groupe de diplomates du Département d'État soumet un mémorandum de dissidence formel dès les premières semaines du conflit. Kamala Harris maintient la politique de Biden lors de la campagne présidentielle de 2024 — ce qui lui coûte des voix dans des États clés comme le Michigan.


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Quelle est la position de Trump sur la Palestine depuis son retour en 2025 ?

De retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump adopte une approche radicalement différente de ses prédécesseurs — non pas tant pro-israélienne que "transactionnelle". En février 2025, il propose le transfert de la population gazaouie vers l'Égypte et la Jordanie pour "nettoyer" Gaza — une proposition rejetée avec indignation par le monde arabe et l'ONU. En mars 2025, Israël rompt unilatéralement la trêve de janvier, relançant les bombardements et organisant selon de nombreuses sources un blocus alimentaire total de Gaza.

Le 29 septembre 2025, Trump présente son plan de paix en 20 points depuis la Maison Blanche, aux côtés de Netanyahu. Ce plan prévoit notamment : un cessez-le-feu, la libération de tous les otages contre 2 000 prisonniers palestiniens (dont 250 condamnés à perpétuité), le retrait israélien sur des lignes prédéfinies, la création d'une Force internationale de stabilisation à Gaza, et un "Board of Peace" présidé par Trump pour superviser la reconstruction. Le plan est signé le 8 octobre 2025, entre en vigueur le 10 octobre, et avalisé par le Conseil de sécurité de l'ONU (résolution 2803) le 17 novembre par 13 voix pour, 2 abstentions (Russie et Chine). L'Autorité palestinienne le rejette, estimant qu'il ne prévoit pas la création d'un État palestinien.

Élément notable : Trump déclare en août 2025 une "ligne rouge" contre toute annexion du territoire palestinien par Israël — une nuance qui distingue sa position de celle des partisans les plus extrémistes du gouvernement Netanyahu. Il écarte également l'UNRWA de la distribution d'aide humanitaire à Gaza, confiant cette mission à Samaritan's Purse, une organisation évangélique américaine dont le président entretient des liens politiques avec Trump. En août 2026, les forces israéliennes s'emparent illégalement du Centre de formation de l'UNRWA à Jérusalem-Est — un locaux jouissant de l'inviolabilité des Nations Unies.


Trump Netanyahou

 

Comment la société civile américaine soutient-elle la Palestine ?

Le contraste entre la politique officielle américaine et l'opinion publique n'a jamais été aussi saisissant. Depuis octobre 2023, les États-Unis ont été le théâtre d'un mouvement pro-palestinien massif, particulièrement visible sur les campus universitaires. En avril-mai 2024, des campements de solidarité avec Gaza émergent simultanément dans des dizaines d'universités : Columbia, Harvard, Yale, MIT, UCLA, NYU, University of Texas. Ces campements, souvent dispersés par la police avec arrestations à la clé, attirent des milliers d'étudiants et de professeurs.

Selon l'organisation Palestine Legal, le taux de demandes d'aide juridique liées à la défense pro-palestinienne reste en 2025 300 % plus élevé qu'en 2022 — avant le début du génocide à Gaza. Le gouvernement Trump tente de pénaliser les universités qui accueillent des mouvements pro-palestiniens, menaçant de couper les financements fédéraux. Mais des juges fédéraux ont donné raison à Harvard et à UCLA dans leurs contestations de ces coupes. Le mouvement Students for Justice in Palestine (SJP) est présent dans des centaines de campus.

Au niveau des personnalités publiques, les prises de position sont nombreuses. Zohran Mamdani, élu maire de New York en novembre 2025 sur un programme explicitement pro-Palestine, représente la percée politique la plus spectaculaire du mouvement. Il avait mené une grève de la faim de cinq jours devant la Maison Blanche en 2023 pour exiger un cessez-le-feu. Des artistes comme Macklemore (dont la chanson Hind's Hall est devenue l'hymne du mouvement), Billie Eilish, Mark Ruffalo et The Weeknd (qui a donné 2 millions de dollars à Gaza) ont pris position publiquement. Pour la liste complète, lisez notre Top 25 des personnalités pro-palestiniennes.

Le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) est également très actif aux États-Unis. Des universités, des syndicats, des fonds de pension et des collectivités locales ont adopté des résolutions de désinvestissement d'entreprises liées à l'occupation israélienne. Pour comprendre quelles entreprises sont concernées, lisez notre article sur les entreprises qui soutiennent la Palestine.


Quelle est la communauté palestinienne aux États-Unis ?

Les États-Unis abritent l'une des plus importantes diasporas palestiniennes hors du monde arabe. On estime à 200 000 à 350 000 le nombre d'Américains d'origine palestinienne, avec des communautés significatives à Detroit/Dearborn (Michigan), Chicago, New York, Los Angeles et Houston. La communauté arabo-américaine au sens large, dont une grande partie est d'origine palestinienne, libanaise ou yéménite, représente environ 3,7 millions de personnes aux États-Unis.

La ville de Dearborn, dans le Michigan, a joué un rôle symbolique lors des élections de 2024 : à majorité arabo-américaine, elle a voté pour des candidats "uncommitted" lors des primaires démocrates en signe de protestation contre la politique de Biden sur Gaza — un signal politique fort qui a résonne dans tout le pays. Zohran Mamdani, lui-même d'origine ougando-indienne, incarne pour beaucoup l'entrée de cette communauté en politique électorale directe.


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Sources

— Arab Center Washington DC, US Policy toward Palestine: Domestic and International Implications, février 2026.
— ONU / Conseil de sécurité, Résolution 2803 (2025), novembre 2025.
— Al Jazeera, Pro-Palestine legal aid requests stay high in 2025, avril 2026.
— Middle East Institute, US Policy in the Middle East Q3 2025, 2026.
— USC Dornsife, A Brief History of US-Israel Relations, 2023.


Vos questions fréquentes sur les relations entre États-Unis et Palestine

Les États-Unis reconnaissent-ils l'État de Palestine ?

Non. Les États-Unis ne reconnaissent pas l'État de Palestine et sont, avec Israël, les seuls membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU à s'y opposer. Sous Trump (depuis janvier 2025), Washington s'oppose explicitement aux reconnaissances européennes et ne prévoit pas la création d'un État palestinien dans son plan de paix en 20 points.

Qu'est-ce que le plan de paix Trump pour Gaza en 2025 ?

Le 29 septembre 2025, Trump présente un plan de paix en 20 points depuis la Maison Blanche. Ce plan prévoit un cessez-le-feu, la libération des otages contre 2 000 prisonniers palestiniens, une Force internationale de stabilisation à Gaza et un "Board of Peace" présidé par Trump pour superviser la reconstruction. Signé le 8 octobre 2025 et avalisé par l'ONU le 17 novembre, il est rejeté par l'Autorité palestinienne qui dénonce l'absence de perspective étatique pour la Palestine.

Quel est le niveau de soutien à la Palestine aux États-Unis ?

Selon l'Arab Center Washington DC (2026), 59 % des démocrates expriment davantage de sympathie pour les Palestiniens que pour les Israéliens, 77 % estiment qu'Israël commet un génocide à Gaza, et 75 % s'opposent à l'envoi d'aide militaire supplémentaire à Israël. Le taux de demandes d'aide juridique liées à la défense pro-palestinienne reste 300 % plus élevé qu'avant octobre 2023.

Quand les États-Unis ont-ils reconnu Israël ?

Le 14 mai 1948, onze minutes après la proclamation de l'État d'Israël par David Ben Gourion, le président Harry Truman reconnaît officiellement le nouvel État — premier chef d'État au monde à le faire. Cette reconnaissance a été motivée par des considérations électorales internes et par les pressions personnelles de Truman face à l'opposition de son Département d'État.

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