La Suisse a engagé 150 millions de francs en aide humanitaire pour la Palestine depuis octobre 2023, abrite à Genève les Conventions de Genève et le siège européen de l'UNRWA, et contribue chaque année à hauteur de 20 millions de francs au budget de l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens. Pourtant, la Confédération ne reconnaît pas l'État de Palestine. Retour sur une relation complexe, entre engagement humanitaire de premier plan et neutralité diplomatique assumée.
La Suisse occupe une place unique dans l'histoire du conflit israélo-palestinien — non pas comme acteur politique, mais comme gardienne du droit international humanitaire et financeur majeur de l'aide aux Palestiniens. Comprendre cette relation, c'est comprendre pourquoi des millions de Suisses se mobilisent pour la Palestine tout en vivant dans un pays qui refuse officiellement de la reconnaître.

Genève, capitale mondiale du droit qui protège les Palestiniens
C'est à Genève, en 1949, que furent signées les quatre Conventions de Genève — le socle du droit international humanitaire qui régit les conflits armés et protège les populations civiles. La quatrième Convention de Genève, relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, est précisément celle que le monde entier invoque pour condamner les bombardements israéliens sur Gaza et les colonies en Cisjordanie. En signant et en ratifiant ces conventions, Israël s'est lui-même engagé à les respecter — et c'est la Suisse, dépositaire de ces textes, qui en est la gardienne institutionnelle.
Ce n'est pas tout. Genève abrite également le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui opère dans les territoires palestiniens occupés depuis des décennies. Elle accueille le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), qui coordonne l'aide à Gaza. Elle héberge le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, où la Palestine dispose d'un statut d'observateur depuis 2012 et où la Rapporteuse spéciale Francesca Albanese a présenté en juillet 2025 son rapport retentissant sur les entreprises complices du génocide. Genève est, au sens propre, la capitale mondiale du droit qui est censé protéger les Palestiniens.
C'est aussi à Genève que se tient le siège européen de l'UNRWA — l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, fondée en 1949 après la Nakba, l'exode forcé de 750 000 Palestiniens lors de la création de l'État d'Israël. L'UNRWA gère aujourd'hui les camps, les écoles et les hôpitaux pour les 5,9 millions de réfugiés palestiniens enregistrés à travers le monde — en Cisjordanie, à Gaza, en Jordanie, au Liban et en Syrie. La présence de son siège européen à Genève n'est pas anodine : c'est la ville qui, symboliquement et institutionnellement, porte la mémoire du droit international que le conflit israélo-palestinien met à l'épreuve chaque jour. Pour comprendre l'événement fondateur de cette tragédie, lisez notre article sur la Nakba : histoire, signification et mémoire d'un peuple.
Quelle est l'aide humanitaire de la Suisse à la Palestine ?
La Suisse est l'un des bailleurs de fonds les plus constants de l'aide humanitaire palestinienne. Selon les chiffres officiels du Conseil fédéral, la Confédération contribue chaque année à hauteur d'environ 20 millions de francs suisses au budget ordinaire de l'UNRWA. Pour la période 2023-2024, cette contribution s'élevait à 40 millions de francs au total.
Depuis les attaques du 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza, la Suisse a considérablement amplifié son engagement. En mai 2024, le Conseil fédéral a débloqué 10 millions de francs supplémentaires en réponse à l'appel d'urgence de l'UNRWA, face au risque imminent de famine pour les 2,3 millions d'habitants de Gaza. En mai 2025, un nouveau versement de 11 millions de francs a été accordé à l'UNRWA. En novembre 2025, le Conseil fédéral a alloué 23 millions de francs supplémentaires pour soutenir le Gaza Peace Plan présenté par les États-Unis. Au total, depuis octobre 2023, la Confédération a engagé 150 millions de francs en aide humanitaire pour la Palestine — l'un des montants les plus élevés en proportion du PIB parmi les pays non-membres de l'UE.
Cette aide passe par plusieurs canaux : l'UNRWA directement, le CICR, OCHA, mais aussi des organisations établies en Suisse comme la Croix-Rouge suisse et plusieurs ONG spécialisées dans l'aide aux populations de Gaza et de Cisjordanie. Le Conseil fédéral a réaffirmé à plusieurs reprises qu'Israël est tenu de respecter les Conventions de Genève et d'appliquer le droit international humanitaire.
La Suisse reconnaît-elle l'État de Palestine ?
Non — et c'est là que réside la contradiction centrale de la position suisse. Malgré son engagement humanitaire massif et son rôle de gardienne du droit international, la Confédération ne reconnaît pas officiellement l'État de Palestine.
En 2024, le Parlement suisse a rejeté une motion demandant la reconnaissance de la Palestine par 131 voix contre 61. Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a déclaré que "ce n'était pas le moment". La Suisse s'est également abstenue lors du vote sur la demande d'adhésion de la Palestine à l'ONU. Lors de la conférence de haut niveau de l'ONU sur le Proche-Orient de juillet 2025, l'ambassadrice suisse a résumé la position officielle : "La reconnaissance d'un État palestinien doit s'inscrire dans la perspective d'une paix durable fondée sur la solution à deux États." Autrement dit, la Suisse ne reconnaîtra la Palestine qu'après la mise en place d'une solution de paix globale — une condition que ses critiques jugent circulaire.
Cette position contraste avec celle de nombreux pays européens qui ont reconnu la Palestine : l'Espagne, l'Irlande, la Norvège et la Slovénie en mai 2024, la France et le Royaume-Uni en septembre 2025. Pour une vue d'ensemble des États qui soutiennent diplomatiquement la Palestine, consultez notre article sur quels pays soutiennent la Palestine.
La Suisse maintient cependant des relations avec l'Autorité palestinienne depuis la signature des premiers Accords d'Oslo en 1993, et dispose d'une représentation diplomatique à Ramallah. Elle joue par ailleurs un rôle de médiateur discret — ses "bons offices" — entre les parties au conflit, dans la tradition de la neutralité suisse.

La société civile suisse et la mobilisation pour la Palestine
Si le gouvernement fédéral maintient sa neutralité officielle, la société civile suisse s'est fortement mobilisée depuis octobre 2023. Des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont eu lieu à Genève, Berne, Zurich et Lausanne — parmi les plus importantes en Europe rapportées au nombre d'habitants. En octobre 2023, plus de 10 000 personnes ont défilé à Berne pour exiger un cessez-le-feu à Gaza. Des universités suisses ont également été le théâtre de mouvements de protestation étudiants demandant le désinvestissement des fonds institutionnels liés à Israël — à l'EPFL, à l'UNIGE et à l'UNIL notamment.
La Suisse a aussi joué un rôle dans le soutien aux Flotilles pour Gaza. Des militants suisses ont participé à plusieurs expéditions humanitaires maritimes tentant de briser le blocus israélien de Gaza — une cause portée par des organisations de solidarité basées à Genève et à Zurich. En parallèle, des collectifs suisses ont lancé des campagnes de boycott ciblant les entreprises liées à Israël, dans la ligne du mouvement BDS international.
Le drapeau palestinien et le keffieh sont omniprésents dans ces mobilisations — symboles d'une solidarité qui transcende les générations et les appartenances politiques, de la gauche traditionnelle aux communautés musulmanes suisses, en passant par des milieux universitaires et culturels de plus en plus engagés.

Nestlé, UBS, Credit Suisse : les entreprises suisses et le conflit
La question des liens économiques entre les entreprises suisses et Israël est un sujet sensible en Suisse. Plusieurs grandes entreprises helvétiques ont été pointées du doigt par des organisations de défense des droits palestiniens.
Nestlé, dont le siège est à Vevey, est présente en Israël depuis des décennies et figure sur plusieurs listes de boycott du mouvement BDS en raison de ses liens avec le marché israélien et de ses investissements dans des entreprises israéliennes. UBS et Credit Suisse (aujourd'hui fusionné dans UBS) ont été critiqués pour leurs investissements dans des entreprises d'armement fournissant l'armée israélienne — Elbit Systems, Lockheed Martin, Boeing. Des actionnaires et des ONG suisses ont déposé des motions lors d'assemblées générales pour exiger la transparence sur ces investissements. ABB, le géant suisse de l'énergie et de l'automatisation, opère en Israël depuis les années 1990 et a été cité par le collectif Who Profits pour ses liens avec des infrastructures d'occupation.
Le mouvement BDS en Suisse a lancé des campagnes ciblant ces entreprises, avec un succès variable. Pour la liste complète des entreprises liées à Israël, consultez notre dossier quelles entreprises soutiennent Israël — et pour les alternatives, notre article sur les entreprises pro-Palestine.
Porter le keffieh en Suisse : symbole de résistance dans les rues helvétiques
En Suisse comme partout en Europe, le keffieh palestinien est devenu l'un des symboles les plus visibles de la solidarité avec la Palestine. Porté lors des manifestations, dans les universités, dans les rues de Genève et de Zurich, il affiche une appartenance à un mouvement mondial de résistance. Contrairement à certains pays où le keffieh a été interdit dans des espaces publics ou des établissements scolaires, la Suisse n'a adopté aucune restriction de ce type — la liberté d'expression et le droit de manifester sont constitutionnellement garantis par la Constitution fédérale de 1999.
La pastèque 🍉, symbole de la résistance palestinienne apparu après l'interdiction du drapeau palestinien par Israël dans les années 1960-1970 — ses couleurs reproduisant celles du drapeau —, est également très présente dans les manifestations suisses. Pour l'histoire complète du keffieh, son origine, ses couleurs et sa signification profonde, lisez notre article Le keffieh palestinien : histoire, symbolique et signification d'un symbole universel.
Boutique Palestine livre en Suisse avec livraison gratuite, comme partout dans le monde. Découvrez nos keffiehs palestiniens authentiques, nos drapeaux palestiniens, nos bracelets Palestine — et notre maillot Suisse Palestine Coupe du Monde 2026, exclusif et livré directement chez vous en Suisse, sans frais.
Comment agir pour la Palestine depuis la Suisse ?
Il existe de nombreuses façons concrètes de soutenir la Palestine depuis la Suisse. Manifester, signer des pétitions, soutenir des ONG actives à Gaza — le CICR, Médecins Sans Frontières, l'UNRWA — acheter des produits palestiniens authentiques, participer aux campagnes de désinvestissement universitaires et institutionnelles, écrire à ses élus cantonaux et fédéraux pour demander la reconnaissance de l'État de Palestine. Chaque geste, individuel ou collectif, s'inscrit dans un mouvement mondial de plus en plus structuré.
Pour un guide complet des actions possibles au quotidien, lisez comment aider la Palestine. 🇵🇸🇨🇭
Sources
— Conseil fédéral suisse, communiqué officiel, 10 millions CHF à l'UNRWA, mai 2024.
— DFAE Suisse, soutien au Gaza Peace Plan, 23 millions CHF, novembre 2025.
— DFAE / UNRWA, contribution annuelle suisse de 20 millions CHF.
— SWI swissinfo.ch, « Pourquoi la Suisse ne reconnaît pas la Palestine en tant qu'État », septembre 2025.
— DFAE, Relations bilatérales Suisse–Territoire palestinien occupé, mis à jour septembre 2025.
— Peace Watch Switzerland, rapport sur le financement suisse de l'UNRWA, octobre 2025.
— Who Profits, base de données des entreprises liées à l'occupation israélienne. whoprofits.org
Vos questions fréquentes sur la Suisse et la Palestine
La Suisse reconnaît-elle l'État de Palestine ?
Non. La Suisse ne reconnaît pas officiellement l'État de Palestine. En 2024, le Parlement suisse a rejeté une motion en ce sens par 131 voix contre 61. La position officielle du Conseil fédéral est que la reconnaissance doit s'inscrire dans le cadre d'une solution de paix globale à deux États. La Suisse entretient néanmoins des relations avec l'Autorité palestinienne depuis 1993 et dispose d'une représentation diplomatique à Ramallah.
Combien la Suisse a-t-elle versé en aide humanitaire à la Palestine depuis 2023 ?
Selon les chiffres officiels du Conseil fédéral (novembre 2025), la Suisse a engagé 150 millions de francs en aide humanitaire pour la Palestine depuis octobre 2023. Avant cela, elle contribuait déjà à hauteur de 20 millions de francs par an au budget ordinaire de l'UNRWA. C'est l'un des engagements humanitaires les plus importants parmi les pays non membres de l'Union européenne.
Pourquoi Genève est-elle importante pour la cause palestinienne ?
Genève est la ville dépositaire des Conventions de Genève (1949) — le droit international humanitaire invoqué pour protéger les civils palestiniens. Elle abrite également le CICR, OCHA, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU et le siège européen de l'UNRWA. C'est à Genève que se joue une grande partie du cadre juridique et humanitaire du conflit israélo-palestinien.
Peut-on porter le keffieh palestinien en Suisse ?
Oui, sans restriction légale. La Suisse n'a adopté aucune loi interdisant le port du keffieh dans les espaces publics. La liberté d'expression et le droit de manifester sont constitutionnellement garantis. Le keffieh est porté librement lors des manifestations et dans la vie quotidienne dans toutes les villes suisses.
Boutique Palestine livre-t-elle en Suisse ?
Oui, Boutique Palestine livre en Suisse avec livraison gratuite, comme dans tous les pays du monde grâce à nos différents entrepôts. Les délais de livraison sont de 5 à 8 jours ouvrés. Keffiehs, drapeaux, bijoux, maillots et accessoires palestiniens : tous nos produits sont disponibles pour la Suisse.